LE CHAOS PHILOSOPHE de Guy KARL

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L'objet de ce blog est de faire connaître mes publications philosophiques et poétiques.

Je présente l'édition de mon ouvrage "De la Faille et de la Verité" en version intégrale, pour offrir au lecteur le fruit de plusieurs années de recherche, en espérant que ces travaux, tout personnels qu'ils soient, puissent rencontrer la faveur de lecteurs intéressés par les questions fondamentales, dont tout un chacun peut faire aisément l'épreuve dans les moments cruciaux de l'existence. Je me suis efforcé de dire dans la plus grande simplicité et fermeté ce qui constitue pour chacun le fonds obscur, l'énigme insistante et parfois angoissante, la part maudite, mal-dite, de son être, à partir, nécessairement, d'un dénudement qui ne peut être que personnel. La gageure c'est de poser que le plus subjectif, structurellement, est forcément le plus universel, non dans son contenu, qui est propre à chacun et quasi incommunicable, mais dans sa forme : l'envers obscur de la lumière, qui est antérieure à toute lumière, chaos principiel dont procède toute manifestation et toute expression.

Cette plongée dans les abysses nécessite un style très particulier, où l'intuition philosophique ne prend sa force et sa portée que d'une expression inventive et poiétique, toujours neuve et vagabonde.

 

Par ailleurs je donne la liste de mes autres ouvrages qui ont fait l'objet de publications éditoriales sous la rubrique "Autres publications".

 

Je publie ensuite "LE SPECTRE DE FESSENHEIM", ensemble de textes inspirés par la situation présente de la civilisation, marquée comme chacun sait, par de redoutables défis, dont le nucléaire, entre autres. C'est l'occasion de s'intérroger sur les fondements impensés d'une culture vouée à la vitesse, au profit à court terme et à l'arraisonnement universel.

Troisième ouvrage : "PHILOSOPHIE de la NON-PENSEE" - ouvrage philosophique, en cours d'édition à parir de septembre 2015.

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PUBLICATION : DE LA FAILLE ET DE LA VERITE (essais philosophiques)

 

DE LA FAILLE ET DE LA VERITE.

 

Présentation.

Je publie ici tous les deux jours un chapitre de cet ouvrage, à partir de la fin, de manière à offrir au lecteur, en bout de course, l'intégralité de l'ouvrage, dans l'ordre naturel d'exposition.

J'ose espérer que ces textes trouveront un accueil favorable auprès de lecteurs intéressés par la Chose philosophique, et sensibles à la dimension de poésie, qui me semble y appartenir de plein droit.

Va, mon livre, va, déjà tu ne m'appartiens plus, tu appartiens à celui qui te lira, et qui t'aimera.

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21 août 2017

Le Chant des Origines, VI, 4

 4

 

J'ai fait un beau rêve cette nuit.
Plutôt : un beau rêve m'est échu.
Ne dites pas : je rêve, dites : Cela me rêve,
Et cette nuit Cela a pris soin de moi
Pour m'inspirer belle pensée, féconde joie.

Sur un seul pied
Tout du haut dressé
Corps tendu, 
Tel Shivâ, dieu de vie dieu de mort,
Et les bras dessinant une arche de lumière
Regard dans l'infini
Je chante...

Je chante comme chante la soprano
J'aurais aimé chanter comme les sopranos
De merveilleux airs de Mozart
Chants d'amour éperdu à mon objet d'amour
Chants d'amour à l'amour
Tristesse et nostalgie
Tressaillements, déchirements
Et l'espoir insensé
La folie, le délire
L'impossible à jamais de combler le désir,
Mais ce qui compte en somme c'est le désir
Le désir brut,
Sauvage, torrentiel et torride,
C'est de vibrer comme la corde
Dans un orchestre fabuleux
Tumultueux,
D'entendre le crissement, la déchirure
La Reine de la Nuit vous déchire le coeur
Plus que le coeur, la chair,
Coupure nette du sommet de la tête jusqu'au bas
Toute la douleur et la folie du monde vous déchire
Vous demandez grâce
Vous rendez grâce
Entre l'effroi et l'allégresse, éperdu de beauté
Vous mourez !

Sur l'estrade, dressé
Roi de la nuit, reine du jour
J'esquisse l'air de la Reine,
Hélas ma voix n'est pas la voix d'Elisabeth Schwartzkopf
Je manque d'amplitude
Je n'ai pas la juste tessiture
Tant pis, je fais ce que je peux,
Mon poème n'a pas la splendeur de Lucrèce
Mais c'est le mien,
Celui qui vient de mes entrailles à moi,
Il est ce que je suis, 
Il faudra s'en contenter,
Au moins il m'aura donné immense joie
Et s'il ne peut révéler le secret de l'univers
J'aurai chanté, dansé au rythme de mes vers !

 

 

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20 août 2017

Le Chant des Origines, VI, 5

 5

 

Corps-esprit
Unique danse,
Et si parfois courage manque
Et si le désespoir à l'occasion
Nous saisit et nous glace,
Si de sentir toute la douleur du monde
Nous étreint, nous écrase
Si d'instant en instant notre vie nous échappe,
Si nous glissons comme un navire démâté
Sur l'océan insensible du temps,
- Redresse-toi mon âme, souviens-toi
Que toute chose, belle ou laide, se décompose,
Souviens-toi que ce moment présent
Jamais ne reviendra,
Que la douleur autant que le plaisir
Passe comme passe le temps,
Aller-retour, aller-retour,
Du premier jusqu'au dernier jour.


Il n'est pas de hauts lieux fortifiés par les sages
De jardin préservé de la houle du temps.
Tout naît et tout s'en va, et tout n'est que passage
Emportant nos amours, notre bile et nos dents.

C'est en vain que l'esprit se rebiffe, et oppose
Sa vaine dignité à l'outrage du sort.
Lui aussi naît et meurt ainsi que font les roses
Rien n'échappe ici-bas à l'éternelle mort.

Si tel Enseignement généreux et sublime
Console quelque temps les hommes de leur sort,
Ce monde lui aussi périra sous la lime
Le temps, hélas, le temps est toujours le plus fort.

Allons ! Laissons l'espoir honteux, laissons le livre
Qui promet indûment ce qu'il ne peut tenir ;
C'est ici, en ce lieu passager qu'il faut vivre
Faire de l'incertain la loi de son désir.
.
Hé quoi ! plaisir revient autant que la souffrance 
Tous deux inféodés aux caprices du temps.
Nous qui sommes d'un jour, cahotant dans l'errance,
Vivons, par Zeus, vivons le plaisir du présent !

Et si la volupté nous fuit, que nous importe !
Nous saurons, l'esprit clair, et fiers, en ce désir,
Supporter l'ouragan hurlant à notre porte
Concevant de nouveaux poêmes d'avenir !

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19 août 2017

Le Chant des Origines: VI, 6

 

6

 

MONTAGNE VIDE

 

Retirez-vous, disent-ils, sur la montagne vide
Couchez-vous dans l'herbe tendre
Près d'un ruisseau de mousse
Roseaux jasants,
Contemplez sans penser les nuages
Autour de la lune jolie, la captieuse, la silencieuse,
Et vous serez comme des dieux parmi les hommes !

Hélas, je cherche en vain la montagne vide
Elle est toute encombrée, saturée
Des gens y piaillent comme des pies
Le tumulte comme l'orage
Vous agresse, vous décourage.

Vous dites : Erreur, la vraie montagne vide
C'est le silence du coeur . Mais qui,
En ce siècle excité,
Connait le silence du coeur ? Chacun,
Comme un furet
D'objet en objet
Court et se précipite, et le bonheur fuit comme un songe.
On prise le savoir, on le prise - on le méprise
Car nul ne s'y arrête pour penser,
Pour mesurer l'écart, le contempler
Y asseoir la vérité !
Songes et mensonges ! Quittez !
Quittez cette illusion de monde, traversez
La rive, laissez vous glisser !
Le temps vous portera paisiblement sur ses eaux !
Montagne ou fleuve, que nous importe !
Ce ne sont que des images, elles amusent le sot
Mais ne sauraient tromper
L'amant de vérité !

Pourtant c'est vrai, il faut se retirer
Etre en silence au milieu des tempêtes
Laver son coeur des fumées de ce monde
Cultiver cet écart intérieur
Qui fait qu'on est toujours ailleurs
En ce lieu sans partage
Désert et silencieux
Qu'aucun humain ne saurait aborder
Séjour des dieux absents
Séjour d'un soleil invisible
Qui ne s'éteint jamais.



 

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18 août 2017

Le Chant des ORIGINES, Chant VI, 7

  

          7

 

LA PESTE

Lucrèce l'annonce dans ses vers :
Demain, la peste...

Mais la peste est de tous les temps.
Aujourd'hui, comme hier, c'est le lucre
Mais aujourd'hui le lucre a pris tous les pouvoirs
Science, technique et politique,
Il commande à la vie, à la mort
Planétaire, totalitaire.

Bientôt les mers envahiront les plaines
La faune périra, les latitudes
Exhiberont le visage cruel
D'un désert universel. 
Par manque d'eau potable, excédés,
Les hommes feront guerre sur guerre
Pour un puits, une rivière gorgée de poissons morts. 
Infestation, dévastation.
La chaleur torride et les tornades
Tourbillonnant, détruiront les villes,
Assècheront les campagnes, et le typhus
La fièvre galopante 
Emporteront les pauvres survivants. Et l'on verra
Revenir les hideuses processions du fanatisme
Assoiffé de sang,
Ravager les palais du pouvoir
Abattre les statues de culture millénaire.
La terre, nouvelle Venus, planète inhabitable,
Hélas ce n'est pas la Venus des plaisirs de l'amour
Douce compagne de nos nuits, c'est l'horreur
De l'enfer.
Ainsi la terre, qui vit fleurir tant de merveilles
Carbonisée,
Rejoindra sans souvenir la cohorte innombrable
Des astres morts.

On n'y peut rien, disent-ils
Le monde va, le monde va
C'est l'escalator qui monte, qui monte
Nul ne peut l'arrêter
Nul n'en peut descendre
On se bouscule, on se bouscule
Pour être le premier 
Mais le premier de quoi?
Du train fantôme
Qui roule sombre dans la nuit
Qui ne sait où il va
Mais qui va.


Ecartons-nous, écartons-nous, mon âme
De la désolation qui est, de la désolation qui vient.
Rien n'est sûr, dira -t-on, peut-être même
Qu'un sursaut général, inouî
Réveillera les consciences endormies
Hélas, je n'y crois guère. Il y faudrait
Une révolution mentale sans exemple
Il faudrait que l'homme se retourne tout entier en lui-même
Révise toutes ses aspirations.
Que l'imminence de la mort cruelle
Soudain change le sort, et brise le destin.

Sur une humble planète perdue dans l'infini
Naquit un jour une espèce étrange de vivants.
Croyant aux dieux ils construisirent des temples
Où les prêtres égorgeaien leurs victimes
Le sang versé éclaboussait les murs de pierre.
Ils construisirent des villes, des palais, des usines.
Mais les pauvres mouraient de faim.
Ils conquirent de nouveaux mondes ;
Les vaincus furent spoliés, enchaînés.
La folie de l'or ensanglantait la vie.
Partout l'intelligence et l'art et la beauté
Voisinaient la plus atroce cruauté.
Etrange espèce, qui te regrettera ?

Sous l'aplomb de la mort,
Vivons, mes amis, vivons !
Qu'il périsse ce monde, ou se réforme
Restons ce que nous sommes,
Résolument
Décisivement
Fidèles à qui nous sommes.

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17 août 2017

Le CHANT des ORIGINES ; Poésie 18 : Exode

 

 

 EXODE

 

 

     Dès le matin

     Cela chante dans ma tête

     Je suis branché sur l’univers

     Radio spatiale 

     Immensité !

 

     Il était las des hommes Héraclite

     Il se retira dans le temple d’Artémis, à Ephèse,

     Aux pieds de la déesse

     Il déposa son Grand Œuvre

     En sauvegarde à la déesse.

     Puis, au milieu des enfants

     Tête blanche, tête de lys,

     Il passa le reste de sa vie

     Guilleret

     A jouer aux osselets.

 

    Les hommes qui passaient l’interpellaient :

    « Hé, que fais-tu là, grison parmi tous ces enfants ? »

    « Puisque les hommes ne sont que des enfants

    Comme le Temps je joue aux osselets,

    Royauté d’un enfant ».

    Et les passants riaient.

    Sentant la fin il se coucha tout nu sur la terre

    En plein soleil

    Son âme se séchait au soleil

    Il se laissa glisser doucement dans l’Hadès.

 

    Plus tard un fou mit le feu au temple.

    Le divin à tout jamais disparut de la terre.

 

    A présent, dépouillé, solitaire,

    L’homme cherche en vain dans les décombres

    Le sens qui manque. Entre les ombres

    Et la lumière

    Il erre,

    Soleil et lune également le désespèrent,

    Sans but, sans cause et sans raison,

    Rendu, brutalement, à sa condition

    Première,

    Et nu, et pauvre, étranger à la terre,

    Il cherche en son prochain, qu’il déteste et qu’il craint

    Quelque raison de s’aimer soi-même - en vain.

    L’image fuit, comme la foi, comme l’espoir

    Alors il fait la guerre,

    Ruine, malheur et peste

    Font le reste.

 

 

     Tel est le monde, telle est la vie.

     Tout change et rien ne change.

     Retire-toi, mon âme, et qu’un séjour plus beau

     Loin de la peste et des tombeaux

     Accueille la douleur et en beauté la change !

 

 

    Mais quoi ! si l’âme, ce bel ange peut s’envoler,

    Le cœur est là qui souffre, et le corps avec lui.

    Si nous sommes du monde, sans recours,

    Que du moins nous y soyons à notre manière,

    Résolument inscrits dans la Grande Tradition

    De Lumière,

    Celle qui nous nourrit, nous traverse,

    Et au de là

    Eclairera les hommes d’à venir !

    Inapparente, discrète et retirée

    Elle agit en silence

    Inspire les meilleurs, éduque les esprits.

    Et si l’on recherche dans le monde sa gloire

    En vain, elle n’en agit pas moins,

    Soleil invisible du cœur à travers les âges,

    Passerelle de lumière

    Qui relie les sages du passé, à travers nous,

    Vers tous ceux qui viendront.

   Et si dans les ténèbres tu désespères

   Qu’il te reste, face au destin

   Ce savoir certain de la vérité, amère et légère,

   Plus vrai que ta misère !

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16 août 2017

AUTOPORTRAIT : poésie 10

 

 

                           AUTOPORTRAIT

 

                                                      Poésie 10

 

 

 

 

                      PRELUDE     

 

 

     Il fut le premier, le dieu

     A me déchirer les entrailles, quand vint

     L'heure de la parturition.

 

 

     Et depuis lors, de jour en jour,

     Se creuse la fêlure

     Que rien ne cicatrise, et que nul

     Savoir ne peut résoudre.

 

 

                   

              ESQUISSES d'AUTOPORTRAIT

 

Portrait du poète sur pied : il se tient debout, légèrement voûté, le regard à demi, tantôt errant à l’entour, sans rien fixer de particulier, tantôt comme replié, retourné vers l’intérieur, à se perdre dans l’illimité. Ici, il est d’ailleurs, jamais tout à fait ici, absenté peut-être, en quelque arrière-pays de mousse et de collines, à suivre le vol d’un vautour, ou à caresser du regard la courbe onduleuse d’un nuage. On le dit rêveur, mais il est pleinement celui qu’il est, quand le rêve lui-même est encore une occasion, une tentation de poétiser.             

Jusque dans le rêve la musique des mots le hante. Pour un peu, comme Schumann excédé par la mélodie qui le poursuit, il se jetterait quelque jour dans le Rhin, mais comment savoir ? Les eaux du fleuve aussi ont leur musique, insistante, imparable… Non, il n’est pas d’échappatoire possible, il faut cohabiter avec le démon, l’apprivoiser si possible, jouer avec lui, comme fit Héraclite, aux osselets,  à la porte du temple.

Le poète est un fou du langage, comme d’autres sont fous de Dieu, ou de la forme, ou du marbre. Folie de la beauté, sublime, éreintante folie.

Mais je veux le voir dans son ordinaire : rien ne le distingue des autres hommes, ni vêture, ni allure, pas même son parler. Le plus célèbre d’entre eux vécut trente-six ans dans une tour, presque sans sortir. Parfois, pour honorer un visiteur, ou pour s’en débarrasser à peu de frais, il griffonnait un rapide poème sur un bout de papier, qu’il signait d’un nom de fantaisie. Même le nom propre finit par se dissoudre sous le feu du langage. A la fin, tout à la fin, le poète n’est plus que poème. Et le reste perd alors toute importance.

                   

 

                             1

 

      Soixante-douze ans, déjà

      Les ans ont passé si vite, si vite

      C’est comme un rêve, intense dans le rêve,

      Et qui n’est plus qu’une ombre indistincte au réveil.

 

      Soixante-douze ans, déjà

      Et fou toujours, instinctuel et pulsionnel,

      A chercher le milieu extatique

      Cime des cimes, la sublime

      Combustion des contraires

      Eau et feu, ciel et terre !

 

     Très tôt

     Je fus happé

     Terres lointaines, îles inaccessibles

     Hélios est mon dieu personnel

     Dieu d’avant tous les dieux

     Bien réel

     Fou cosmique qui soulève la terre

     Dans son étreinte hyperbolique !

 

     J’ai quitté le nord pour le sud

     Au sud je suis homme du nord.

     Mais le centre est toujours ailleurs :

     Intérieur-extérieur

     En vain je le poursuis :

     C’est très simple : il est là où je suis.

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Autoportrait : poésie 10, (suite)

 2

 

        Ingrate, fâcheuse vieillesse

        Qui de ses griffes d'hydre acerbe nous laboure !

        Si en petits morceaux le corps retourne à la poussière

        Puisse, d'élan viril, l'esprit qui piaffe et se rebiffe

        Tenir un temps le signe haut contre la mort

        Dire le vrai, l'impermanent, le nécessaire

        Avant de consentir à la rigueur du sort.

 

                               3

 

         La flèche de la vie court à la cible

         Manquer la mort est impossible

 

                                 4

 

J’abordais les eaux troubles de la quarantaine.

Ce jour-là, en marche vers le parc de la Pépinière, sans prévenir, ce fut un coup, un de ces coups qui vous hachent, un instant, si bref, une suspension, comme un hiatus dans la continuité du temps, éclair zébrant.

 

    Je me vis comme je ne m’étais jamais vu, mais était-ce encore moi, cette béance, pure béance, en négatif, comme un trou dans la rugosité de l’être.

        

                      

 

       En cet instant précis

       Je me vois très exactement

       Tel que je suis

 

        Tout nu

       Tout cru

       Sans fard, sans maquillage

       Sans miroir

       Sans image, ni de moi, ni d’un autre

       Sans nul qui me regarde ou admire ou désire

       Sans idée, sans désir, sans personne

       Sans passé ni futur,

       Sans rien. Il ne reste exactement

       - Plus rien.

 

       C’est une étrange chose

       Que de se surprendre soi-même en deçà du décor

       Coquille vide, absence inexprimable,

       Par où s’écoulent toutes les images,

       Ne reste alors

       Que la forme vide, la violence

       Du Temps.

       

         

 

                         5

 

         

 

          Rapidité

          Tout est dans la rapidité

          Quelques coups de crayon

          Et voici un arbre doré de fin d’été

          Un écureuil

          Un merle et sa merlesse,

          Rouges fleurs et buis d’ivoire

          L’éclat du jet d’eau coupant le ciel

          Des filles qui rient dans la lumière

 

 

                      Je me lave

                      Je me lave les yeux du coeur

                      Au ruisseau bleu du petit jour.

                    

 

                     

                             6

   

 

         Elle insiste, elle est chère

         Cette voix qui m’intime

         De chanter l’éphémère

  

 

        De chanter la splendeur

        La lumière égéenne

        l’ivresse et la couleur.

  

 

        Blanche la voile glisse

        La mer céruléenne

        Est l’épouse d’Ulysse.

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Autoportrait : poésie 10 (Fin)

 

                        7

 

       Poète, où donc est ta mémoire ?

  

       Sur les charniers poussent des fleurs

        Nos souvenirs, et les pleurs de notre âme

       Arrosent doucement la terre,

      

       Et tout passe, tout passe, et même la souffrance,

       Mais il faut beaucoup de temps,

       Pour vivre de patience

 

 

                    8

 

 

       J’ai un trou dans la poitrine.

       Quand je me regarde dans le miroir je ne me reconnais pas. Ce que je vois ce n’est pas moi. Je vois une vieille chose toute étonnée, comme déchirée entre ce qui est et ce qui n’est pas.

       Deux moments vides, qui ne se rejoignent pas.

     Les choses ne sont pas à leur place. Les mots ne disent pas les choses. Tout passé dégorgé, tout avenir déqualifié. Le temps n’est plus que temps.

  

 

                         9

  

 

       Tout coule et glisse, et je suis là

       Je coule et je suis là

       Je n’y suis pas

       Je ne suis nulle part

       Pourtant je vis bien quelque part

       Dans un lieu qui n’existe pas

       Qui jamais n’exista.

  

 

                            10

  

 

        Jusqu’à l’extrême du plaisir  

        J’ai la pensée lucide et froide

        Acérée comme un couteau de chasse

        De l’inutilité

        De la précarité

        De la vanité, de la futilité

        De l’insondable inanité

        De l’incongruité de toute chose au monde

        Comme un rire qui me déchire

        Et me cadavérise.

  

 

                      11

    

 

        Une sourde mélancolie

        Envers nocturne, trou noir, abîme,

        Je suis habité de la tragique évidence

        Que le bonheur est un rêve d’eunuque

         Le savoir un cache-misère

         L’amour un dé pipé 

         La beauté, grain de peau, un appeau ;

         Mais le plus étrange

         C’est qu’avec tout cela il est possible de vivre

         Et ni mieux ni plus mal

         Comme vivent les sansonnets

         Avec un petit quelque chose en plus

         Sel de mer, sel de larmes

         Poinçon d’acidité.

  

 

                           12

 

 

        Détrempée, vert-anglais

        Fouaillée de soleil

        Oasis de lumière liquide

        La prairie s’ouvre comme une amante.

        Un peuple de moineaux

        Bivouaque et chante.

        Hélas, aimer la vie facile

        Les gens légers, la musique, le vent dans les cheveux !

        Qu’est-ce donc qui m’arrache à la vie

        Me tire obscurément dans l’entre-deux

        D’un temps qui monte et qui descend

        Et se déchire et se reprend ?

 

 

                         13

  

           Ce que nous sommes un dieu le sait peut-être

         Mais nous, de notre maigre savoir

         Nous faisons des palais de cristal, quand l’orage

         Arrache la toiture et les murs, et nous jette

         Au tourbillon poussiéreux des hasards.

                         

                         

                       14

 

  

          J’ai oublié ma langue maternelle

          Je suis né d’aujourd’hui

          Chaque matin je me réveille neuf,

          Et vierge, et disponible, et désireux,

          J’ouvre la porte au petit jour

          Je ne me souviens de rien

          Les mots me prennent par la main

          Je danse d’allégresse

          Je me ris du destin

  

 

                            15

 

         Je vois le monde dans la fumée de ma pipe

         Cela fait de belles volutes bleues et mordorées

         Il me semble que mon âme se colore de rose

         Les arbres de bleu clair

         Cela donne un petit air de Méditerranée

         Allègre, vif, matutinal

         J’hallucine les blanches voiles sur la mer ;

         Blanche et bleue, elle m’accueille, me sourit

         La patrie immortelle du cœur !

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