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Né en Alsace, dans ce merveilleux pays rhénan riche de culture et de pensée, je ne puis imaginer un instant l'explosion de la centrale de Fessenheim. Tout le long de la superbe plaine du Rhin, entre collines et vignobles, une longue suite de villes magnifiques : Bâle, Fribourg, Mulhouse, Colmar, Strasbourg, Karlsruhe, Mannheim, et jusque dans les plaines de la Hollande, un long cortège de joyaux urbains contaminés par la radiation nucléaire. On nous déclare qu'en France la population ne risque rien, que les centrales soent soigneusement révisées, qu'on se livrera immédiatement à un nouveau contrôle de grande ampleur. Mais qui va contrôler? Qui garantira l'indépendance absolue des contrôleurs? Comment faire confiance à des sociétés privées dont l'intérêt n'est pas forcément en accord avec le Bien Public - comme on vient de voir au Japon, où la société traitante reconnaît à présent de graves manquements à la prudence. Fessenheim est une centrale ancienne, et les riverains alsaciens, suisses et allemands, qui ont de quoi frémir, réclament sa fermeture.

La FERMETURE de la CENTRALE de FESSENHEIM est une urgence nationale et internationale. Outre que cette décision relève de la sûreté publique, cet acte serait de la plus haute signification. Une centrale fermée, non à la suite d'une catastrophe, mais comme un gage de responsabilité politique, comme un engagement sans ambiguité d'aller vers la fermeture progressive et programmée de toutes les centrales.

Cela implique à terme un changement radical. Non seulement la recherche de nouvelles sources d'énergie non polluantes ni dangereuses, mais surtout une autre économie. Relocaliser les productions agricoles, les industries, réduire les déplacements et les gaspillages.

Cette idée paraîtra saugrenue. Mais je ne crois pas qu'on ait vraiment le choix. Ce sont les catastrophes qui nous enseignent l'universalité : le nuage toxique ne connaît pas nos ridicules frontières. La terre est devenue de fait un seul et même village de toutes parts menacé.