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LA PESTE

Lucrèce l'annonce dans ses vers :
Demain, la peste...

Mais la peste est de tous les temps.
Aujourd'hui, comme hier, c'est le lucre
Mais aujourd'hui le lucre a pris tous les pouvoirs
Science, technique et politique,
Il commande à la vie, à la mort
Planétaire, totalitaire.

Bientôt les mers envahiront les plaines
La faune périra, les latitudes
Exhiberont le visage cruel
D'un désert universel. 
Par manque d'eau potable, excédés,
Les hommes feront guerre sur guerre
Pour un puits, une rivière gorgée de poissons morts. 
Infestation, dévastation.
La chaleur torride et les tornades
Tourbillonnant, détruiront les villes,
Assècheront les campagnes, et le typhus
La fièvre galopante 
Emporteront les pauvres survivants. Et l'on verra
Revenir les hideuses processions du fanatisme
Assoiffé de sang,
Ravager les palais du pouvoir
Abattre les statues de culture millénaire.
La terre, nouvelle Venus, planète inhabitable,
Hélas ce n'est pas la Venus des plaisirs de l'amour
Douce compagne de nos nuits, c'est l'horreur
De l'enfer.
Ainsi la terre, qui vit fleurir tant de merveilles
Carbonisée,
Rejoindra sans souvenir la cohorte innombrable
Des astres morts.

On n'y peut rien, disent-ils
Le monde va, le monde va
C'est l'escalator qui monte, qui monte
Nul ne peut l'arrêter
Nul n'en peut descendre
On se bouscule, on se bouscule
Pour être le premier 
Mais le premier de quoi?
Du train fantôme
Qui roule sombre dans la nuit
Qui ne sait où il va
Mais qui va.


Ecartons-nous, écartons-nous, mon âme
De la désolation qui est, de la désolation qui vient.
Rien n'est sûr, dira -t-on, peut-être même
Qu'un sursaut général, inouî
Réveillera les consciences endormies
Hélas, je n'y crois guère. Il y faudrait
Une révolution mentale sans exemple
Il faudrait que l'homme se retourne tout entier en lui-même
Révise toutes ses aspirations.
Que l'imminence de la mort cruelle
Soudain change le sort, et brise le destin.

Sur une humble planète perdue dans l'infini
Naquit un jour une espèce étrange de vivants.
Croyant aux dieux ils construisirent des temples
Où les prêtres égorgeaien leurs victimes
Le sang versé éclaboussait les murs de pierre.
Ils construisirent des villes, des palais, des usines.
Mais les pauvres mouraient de faim.
Ils conquirent de nouveaux mondes ;
Les vaincus furent spoliés, enchaînés.
La folie de l'or ensanglantait la vie.
Partout l'intelligence et l'art et la beauté
Voisinaient la plus atroce cruauté.
Etrange espèce, qui te regrettera ?

Sous l'aplomb de la mort,
Vivons, mes amis, vivons !
Qu'il périsse ce monde, ou se réforme
Restons ce que nous sommes,
Résolument
Décisivement
Fidèles à qui nous sommes.