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« Tu n’étais qu’une pauvre petite boule de chair

Flottant dans l’eau visqueuse du giron

Buvant le sang, régurgitant le sang

Tu sentais vaguement autour de toi des murailles de chair

Contre lesquelles tu te heurtais parfois,

D’où tu rebondissais comme un ballon,

Des bruits confus berçaient tes longs sommeils

Peuplés de choses douces et molles

Comme des oreillers de coton léger,

Des sensations passaient comme des anges

Dans un ciel qui était terre et mer tout ensemble,

Et qui te traversaient sans te heurter, te blesser,

Mais tout semblait si tendre, si doux, tout flottait

Avec toi et en toi comme un rêve

Qui ne devrait jamais finir…Heureuse illusion

Bientôt déchirée par l’expulsion à la lumière,

Et qui pourtant continue en sourdine

A vivre d’une vie autonome, souterraine

Dans les replis obscurs de la mémoire.

Mais  tu ne savais pas que j’étais tout présent,

Du début à la fin, compagnon fidèle, double intime

Que je savais tout de toi, comprenais tout,

Que jamais tu ne serais tout à fait seul,

Que dans l’abandon et le désarroi je serais là,

Moi, ton génie protecteur, ton Daïmon, et ton guide

Ami d’au-delà du temps, et par-delà la mort ! »

 

 

Quand l’angoisse nous terrasse

Puissions-nous écouter en nous la voix chère

Du génie intérieur qui nous accompagne en tout.

Hélas, nous n’entendons rien, n’écoutons rien,

Nous marchons comme des ombres dans le noir

Insensibles, sourds, muets, aveugles,

Obtus, têtus et psychotiques. Il suffirait

De s’arrêter, de faire silence… Alors la voix

Oubliée, négligée

Pourrait monter en nous

Chanter

Et nous réunifier.