HELLENIQUES - POESIE 16

 

 

ORPHEE

 

Si nous sommes tous morts en Eurydice

C'est en Orphée que nous vivons enfin

L'âme perdue en rose se métamorphose

Et le désir se transmue en destin.

 

 

HERACLITE

 

On l'appelle Héraclite l'Obscur. Mais son obscurité a les tranchants étincelants de la lumière, entame nue, déchirante.

L'obscurité n'est qu'un terme commode pour dissimuler notre faiblesse de regard.

L'évidence est trop proche, aveuglante. Aussi préférons-nous d'habitude un lointain brumeux, abri facile de nos veuleries et de nos découragements.

 

  

POEME pour ŒDIPE

 

« Oedipe avait un oeil en trop peut-être »

Pourtant il n'a pas vu l'heure venir

Où sonnerait le glas au nombre noir.

Ce qu'il a enduré nul ne peut le comprendre,

Mêmes les dieux se détournent de lui.

Assis sur un rocher près de Colone

Dans le bosquet réservé d'Aphrodite

Il transgresse, ignorant, l'interdit

Et le gardien du lieu le chasse à coups de pierre.

Quoi qu'il fasse il est toujours à contrejour

A ne pas voir ce que voient tous les autres

A s'étonner de son propre chemin.

 

Résigne-toi mon coeur à vivre d'errance,

Le savoir ultime de l'aube et du couchant

Laisse-le, confie-le à la féconde Nuit.