APOLLON

 

De tous les dieux

Apollon c'est toi que je préfère

Et Artémis ta soeur jumelle

Chasseresse, enfanteresse

Eternellement chaste et jusque dans l'amour

Fidèle au jour qui t'enfanta!

Je n'ai plus souvenir de tout ce que je sais

J'ai tout oublié, effacé, 

Je ne suis plus que ce regard ébloui qui se délivre

Dans le regard immense, infiniment ouvert

Multiple, excentrique du dieu

Qui a nom Univers.

 

APOLLON (2)

 

Que se déchirent toutes les images

Que se détisse la suture de la langue

Alors il se pourrait que le dieu apparaisse

Et parfois  de sa main gauche il fait signe.

Si le poète survit à l'effraction terrifiante

Du monstrueux sans mesure

Il accède parfois à la parole nue

Fleur du désert qui n'a plus de nom.

 

 

DIONYSOS

 

 

Assis près de Dionysos à l'ombre des futaies

Je regarde la nuit monter lentement de la terre

Comme une vague tendre et je repense aux jours anciens

Aux promesses de l'aube, aux émois des premiers éveils,

Déjà le coeur se serre aux souvenirs enténébrés,

Le soir se fait plus frais, plus moite sur la peau, plus âpre

Rien ne saurait guérir de vivre et l'espoir est chimère

Dès le premier instant tout est dit, naissance et mort

Sont le même et le seul réel qui consomme l'extase

L'origine et la fin dans un unique flamboiement.

Je voudrais me dissoudre en fumée dans le ciel rougeoyant

Eparpillé, poussière et or, dans l'incendie solaire

Et s'il me reste encore un peu de temps sur cette terre

Que ce soit comme flamme et cendre en attendant l'aurore.

      

 

LUMIERE GRECQUE

 

 

Je vis avec les dieux

La nature m'enveloppe et me porte

Je n'ai plus peur.

 

        De toujours j'aime les arbres et la rivière

        Je regarde tomber le feuillage d'hiver

        Une aube d'ocre tapisse la montagne

        Les dieux sont parmi nous.

 

Je ne manque de rien

Le fond obscur de toutes choses

Monte de la grande Faille originaire

S'extasie en soleils!

 

        Vivons, vivons, amis chers

        Vivons de peu

        Rien ne manque à qui respire

        Qui danse dans le Feu!

  

 

      ORPHEE (2)

 

Ici, tout près

Des tourbières, suinte

Le rocher.

 

  Ici, nul

  Osier ni ruisseau

  Nulle nymphe.

 

Matin glauque. Pourtant

Le bois je l'ai lissé, caressé

Nervures décapées,

J'ai accordé tous les mots de la langue.

   

    Toi seul tu manques, toi

     Dieu-lyre,

     Ta parole.

  

 

EURIPIDE 

 

Voici la délicieuse strophe qu’Euripide consacre aux Grâces et aux Muses : « La folie d’Héraklès » v 673 à 684 :

    

                      « Je veux, tout au long de mon âge,

                      Unir les Grâces avec les Muses

                      Délicieuse alliance.  

                      Je ne saurais vivre sans elles,

                      Vivre sans leurs couronnes.   

                      Le poète a vieilli mais sa chanson retentira encore.

                      Pour louer Mnémosyne et les victoires d’Héraklès,

                      Bromios toujours me donne son vin ;

                      Voici la cithare aux sept cordes, la flûte de Lybie.    

                      Il n'est pas temps pour moi de renoncer aux Muses,

                      Qui m’ont admis parmi leurs chœurs. »

 

Bromios ici nommé est un des innombrables noms de Dionysos. Remarquons qu’Euripide ne dissocie point dans son chant la lyre d‘Apollon (la cithare aux sept cordes) et la flûte dionysiaque. Les deux divinités sont nécessairement associées dans la célébration lyrique. Deux sources de la poésie, et qui n’en font qu’une : le chant des profondeurs chtoniennes et des jeux sublimes de la lumière, terre et ciel, un seul monde.

 

  

ARTEMIS

 

Artemis-forêt

Tes biches protège-les

Des flèches tueuses

Comme le vent protège la mer 

La berçant de son amour. 

 

SISYPHE

 

 Nous glissons incertains sur le fleuve du temps

 Roulant de pierre en pierre

 Une vie morcelée, éclatée

 Que seul un dieu pourrait parfaire

 

  Mais les dieux sont bien morts

             

  Hélas, il ne suffit pas qu'ils soient morts

  Il faut les tuer une seconde fois

 

  J'étais triste, jadis, j'avais trop de peine

  Mais la peine s'en est allée

  Au fil des jours, au fil des nuits

 

  Ni bleu, ni rose, noir ou gris

  Le jour naît de la nuit insondable

  Et retourne à la paix de la nuit.